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Quantum

L'échange

Le déserteur

Faubourg 36

W.

Relidicule

C'est pas moi, je le jure

Lire et détruire

Le banquet

Ce qu'il faut pour vivre

La graine et le mulet

Un été sans point ni coup sûr

Deux jours à tuer

Le chevalier noir

N.B. Liste de tous les films recensés depuis 1998

 

15 novembre 2008

Quantum (Quantum of Solace)

Les films mettant en vedette James Bond, le fameux agent secret britannique 007, sont bien connus. Ce vingt-deuxième de la série ne fait pas exception sauf que l’humour y est moins mordant et que les scènes à vous couper le souffle se succèdent à un rythme encore plus effréné que dans les précédents.
Ici, Bond ne fait pas simplement figure de héros et de tombeur de femmes, il joue le vengeur. Il veut, en effet, venger le meurtre de sa petite amie Vesper. Cette volonté va le conduire aux quatre coins du monde : Sienne (Italie), Londres (évidemment), Autriche, Russie, Haïti, Bolivie... De fil en aiguille, il finira par découvrir une organisation, GreenPlanet, qui, sous prétexte de préserver l’environnement, cherche plutôt à s’approprier les réserves d’eau de la Bolivie, en connivence avec un ancien dictateur. Évidemment, Bond va déjouer tous les plans de ce milliardaire véreux. En cours de route, il dépassera la mission que lui a confiée, sa supérieure, madame M.
Le film nous tient en haleine du commencement à la fin. Daniel Craig (Bond) y est, comme toujours, sublime. Les poursuites sur terre, sur mer et dans l’air, sont époustouflantes. Bond y apparaît comme un héros qui trouve des solutions, rapides et efficaces, à mesure qu’il est dans le trouble. Le film, dirigé par Marc Foster, nous offre un spectacle vif, essoufflant, dynamique. Les images sont saisissantes et les prouesses de Bond athlétiques et spectaculaires. Le film déborde d’explosions, de coups de feu, de meurtres, de finesse aussi.
Les films mettant en vedette Bond doivent être vus pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire un bon divertissement pour adultes. Il faut croire qu’ils sont fort appréciés, ne serait-ce que parce que le succès est au rendez-vous une vingt-deuxième fois et que la salle du cinéma était pleine, moitié hommes et moitié femmes, ce qui est exceptionnel pour un début de vendredi après-midi.

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8 novembre 2008

L’échange

Depuis qu’il est devenu réalisateur, Clint Eastwood ne cesse de nous donner de grands films, grands non seulement par la durée mais surtout par le contenu. On se rappelle sa Fille à un million de dollars, son Mystic River et ses Mémoires de nos Pères (en collaboration avec Steven Spielberg). Cette fois-ci, il récidive avec cette histoire extrêmement émouvante d’une maman, Christie Collins (Angelina Jolie) qui s’est fait enlever Walter, son petit garçon de huit ans, et qui, par la suite, se voit restituer un pseudo-fils par la police.

L’histoire se passe à Los Angeles en 1928. Cet enlèvement et cet échange d’un enfant qui n’est pas Walter suscite dans la presse et l’opinion une émotion très grande. Qu’on se rappelle ici l’enlèvement de Cédrica Provencher. Christie, comme toute vraie mère, mettra tout en branle pour retrouver son vrai fils.

Aidée par le révérend Briegleb qui fait campagne du haut de la chaire et ailleurs contre la police corrompue de Los Angeles, elle vivra des aventures extrêmes (enfermement dans un asile d’aliénés mentaux) dont le capitaine de police, particulièrement véreux, sera à l’origine. Que ne ferait-on pas pour retrouver son enfant mais que ne ferait-on pas pour ne pas perdre la face et sauver son image de policier intègre? L’histoire, avec ses péripéties nombreuses, démasque un prédateur et tueur d’enfants, complètement déséquilibré et met en scène un enquêteur (John Malkovich) à la fois perspicace, humain et pédagogue avec les enfants. Finalement, l’espoir finit par triompher.

Le film, comme bien des films d’Eastwood, est long : deux heures et vingt minutes. Trop long : certaines scènes auraient pu être écourtées ou simplement évoquées, par exemple celles illustrant les violences faites aux enfants. Angelina Jolie, comme d’habitude, est à la hauteur de ce rôle difficile et poignant. La musique est également exacte au rendez-vous. Eastwood a réussi le tour de force, pas toujours évident, de faire jouer des enfants et des adolescents.
Le film nous tient en haleine du commencement à la fin de sorte que, malgré sa longueur, on ne voit pas le temps passer. Angelina pourrait être, à mon avis, oscarisée pour son rôle. Aucun parent, et les autres cinéphiles aussi, ne restera indifférent au sort de cette maman si lourdement éprouvée mais en même temps si fortement appuyée par ses proches, par le pasteur et finalement par la cour. Eastwood, en plus de nous décrire cette mère douloureuse, nous montre tout ce qu’il peut y avoir dans le coeur humain, sa grandeur mais aussi ses bassesses, sa bonté mais aussi sa méchanceté, ses lumières mais aussi ses ombres.

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26 octobre 2008

Le déserteur

Georges Guénette avait été conscrit pour la deuxième guerre mondiale. Ce jeune homme, qui habitait une petite terre à Saint-Lambert-de-Lévis, était le seul soutien de ses parents très pauvres. Enrôlé malgré lui, il s’évade et se cache dans les bois avec d’autres jeunes déserteurs. Recherché par la Gendarmerie Royale (RCMP dans le film), il se serait joint à quelques déserteurs pour tabasser « royalement » un policier lancé à sa recherche. Entretemps, il s’amourache d’une jeune femme mariée de Saint-Lambert. Amour impossible. Finalemant traqué par des policiers ayant à leur tête un jeune ambitieux violent, il est abattu dans un champ, le 7 mai 1944. Roger Vézina, journaliste employé du Bloc populaire, opposé à la conscription, tente de faire la lumière sur cette triste affaire.
C’est ce fait réel qui a inspiré le réalisateur Simon Lavoie à nous donner ce film aussi dramatique que beau. Les images d’un terroir dur et pauvre, les photos de la nature, la « pieta » représentant le père Guénette tenant dans ses bras son fils qui vient d’être abattu, la mère effacée (Viviane Audet), la jeune fille (Danielle Proulx), le jeune déserteur (Émile Proulx-Cloutier), le père (Raymon Cloutier), la musique, les silences et les gestes qui parlent plus que les paroles, tout concourt à faire de ce film québécois un film nettement au-dessus de la moyenne de la production québécoise des derniers mois.
Cette histoire pathétique concorde étonnamment avec la crise actuelle dont la solution pour certains, comme à l’époque, serait une nouvelle guerre, et avec les motifs invoqués (sauvegarde de la liberté, défense de la paix, etc.) pour envoyer nos soldats en Afghanistan. Plus ça change, plus c’est pareil.
Il faut voir ce film qui fait réfléchir sur la difficulté de vivre, sur les passions humaines (amour, amibition, violence, jalousie, bêtise... mais aussi bonté, générosité, souffrance silencieuse...) et en tirer des leçons pour sa propre vie comme pour celle de notre peuple.
Il faut féliciter Simon Lavoie, le réalisateur, Michel La Veaux, le directeur de la photo, à l’auteur de la musique et aux comédiens.

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25 octobre 2008

Faubourg 36

Christophe Barratier a une feuille de route impressionnante : son récent Les choristes a connu un succès remarquable. Mais il y a aussi Microcosmos, Himalaya, Le peuple migrateur... Avec Faubourg 36, joué entre autres par Gérard Jugnot, le maître de chant des Choristes, il réalise un autre film fort intéressant et fort touchant.
Nous sommes en 1936 dans un faubourg du nord de Paris. L’effervescence sociale est grande avec l’arrivée du Front populaire. Mais le chômage se pointe également jusque dans un théâtre de music-hall. Trois ouvriers, ayant perdu leur emploi, décident de ressuciter ce théâtre en montant un spectacle à succès. Au milieu de cette histoire, il y a celle du petit Jojo, accordéoniste, enfant balloté entre son père (Jugnot) et sa mère qui vit avec un autre homme; il y a également la chanteuse, convoitée par un agent immobilier quelque peu véreux, qui vivra une belle idylle avec un jeune chômeur.
Le film est intéressant non seulement parce qu’il reconstitue la vie d’un quartier plutôt pauvre du Paris de 1936 mais également parce qu’il montre les petites merveilles que peuvent réaliser des gens qui se prennent en mains quand ils subissent une épreuve (la perte d’emplois) au lieu de se décourager. Les personnages sont bien campés et les comédiens jouent bien. Le décor est bien reconstitué. La musique est belle. Bref, le film est une belle fresque humaine et sociale qui mérite un visionnement.

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19 octobre 2008

W.

Oliver Stone n’en est pas à son premier film racontant la vie d’un président américain. Il a déjà fait JFK et Nixon. J’ai vu également de lui Les Doors, Né un 4 juillet, World Trade Center. Est-ce une pure coïncidence qu’il raconte la vie de George W. Bush juste avant la fin de son deuxième mandat comme président des États-Unis et la veille des élections? Stone n’y voit pas une volonté bien arrêtée : un film est le produit de plusieurs causes et celui-ci l’est également.
Stone ne cherche pas à être complaisant ni déplaisant envers W. Il raconte, avec une certaine empathie, les trois grandes étapes de la vie surprenante de Bush junior. Fils du Georges senior, président lui-même et magnat du pétrole texan, W. a eu une jeunesse difficile : rebelle de la famille, buveur invétéré, amateur de partys, il décevait grandement son père, surtout quand il le comparait à son frère Jimmy qui, lui, était plutôt du type tranquille et studieux. Mais voici qu’un peu plus tard il devient christian grâce à l’influence d’un pasteur qui devient pour ainsi dire l’agent de sa conversion : il arrête de boire, se marie avec Laura et, au grand étonnement de son père, annonce qu’il désire devenir gouverneur du Texas et, plus est, il sent un appel divin à devenir président des États-Unis.
Devenu président, il s’entoure des Dick Cheney, Condoleeza Rice, Donald Rumsfeld, et autres. Après l’attentat du World Trade Center, sous l’influence principale de Cheney, il s’embarque dans l’aventure de la guerre en Irak, guerre qui devait être courte. On sait la suite.
Le film ne nous apprend pas grand chose que l’on ne savait déjà. Il nous montre un homme à la fois déterminé et sous influence de ses conseillers. Il nous décrit aussi le rapport père-fils ou fils-père, rapport le plus souvent difficile, et qui ferait sans doute la joie des psys : à cet égard, le cauchemar qui réveille en sursaut W. est révélateur. À l’aide occasionnellement de photos d’archives, Stone nous dévoile le caractère particulier de W. et certains mensonges de son administration. Il nous fait voir également que le président, consciemment ou non, s’est fait duper dans la guerre irakienne.
Les comédiens qui jouent Bush fils et père, Cheney, Laura et la femme de George senior sont remarquables de ressemblance. John Brolin (W.) est particulièrement remarquable : il imite W. jusque dans ses tics, son amour des chiens, sa course matinale quotidienne, etc.
À voir par les cinéphiles qui aiment Stone et qui aiment ou n’aiment pas Bush.

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4 octobre 2008

Relidicule (religion - ridicule)

Larry Charles, qui avait réalisé le film humoristique et parfois cru Borat, s’unit à Bill Maher (Politically Incorrect) pour faire réfléchir, sur le mode mi-humoristique et mi-sérieux, les cinéphiles sur la foi et les diverses religions. Maher, né d’un père catholique et d’une mère juive, a perdu la foi à 40 ans.

Ce documentaire se promène à travers le monde, principalement aux États-Unis, et interroge divers tenants de diverses religions : le catholicisme, l’Église mormonne, les preachers évangélistes américains, un peu le judaïsme, l’islam, etc. Habilement il montre les contradictions et les incohérences qu’il voit dans ces religions et s’en prend aux personnes qui les défendent ou les propagent. Il montre toute la naïveté et la crédulité qu’il peut y avoir chez certains adeptes et la manipulation supposément existante chez certains propagandistes.

Et il n’a pas toujours tort, notamment quand il s’attaque aux interprétations fondamentalistes que certains font, par exemple, de la Bible, du Coran, etc., quand il questionne le créationisme ou les supposées réincarnations du Christ ou quand il dénonce l’utilisation de Dieu que font certains politiciens à des fins partisanes et électoralistes ou pour justifier certaines de leurs décisions.

Quant à lui, il est carrément et outrageusement un missionnaire sinon de l’athéisme du moins certainement du doute systématique. Mais n’est-ce pas Bernanos qui disait que « La foi, c’est vingt-quatre heures de doute moins une minute d’espérance » et Jean-Claude Guilbaud qui écrit : « La foi n’élimine pas le doute : elle l’enjambe, le dépasse. Il faut savoir dialoguer toute sa vie avec le doute.

Son approche « douteuse » systématique, en même temps qu’humoristique, en fera réfléchir plus d’un mais elle risquera d’en mêler d’autres qui ne sont pas familiers avec toutes les distinctions qui s’imposent dans la description d’une religion. Il prétend qu’à une époque scientifique et rationnelle comme la nôtre la religion n’a plus sa place : le Siècle des Lumières (18e) ne résonnait pas autrement. De plus, certains sujets abordés comme l’homosexualité peuvent choquer certains spectateurs. Maher est une sorte de Michael Moore de la religion. C’est avec le même esprit, jovial et critique, qu’il faut l’aborder. Mais, si vous n'avez pas de temps à perdre, n'y allez pas!

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30 septembre 2008

C’est pas moi, je le jure

Après nous avoir donné La moitié gauche du frigo et Congorama, Philippe Falardeau nous offre maintenant cette histoire de famille et particulièrement d’un petit garçon de dix ans, Léon Doré, tirée et adaptée d’un roman de Bruno Hébert.
Léon (Antoine L’Écuyer) est trouvé accroché à un arbre où il se débat pour ne pas étouffer. Sa mère (Suzanne Clément) arrive en catastrophe pour le sauver. Léon, 10 ans, est un petit garçon qui aime jouer des tours et a l’imagination fort fertile. Il a des voisins bien encombrants et une petite amie, Léa (Catherine Faucher) qui le critique souvent. Il a aussi des parents qui se chicanent tout le temps et qui vont finir par se séparer, la maman décidant d’aller refaire sa vie en Grèce. Léon, abandonné à lui-même, va devenir angoissé et, pour juguler son anxiété, va piller la maison de ses voisins, jouer du piano, faire du vélo, tomber amoureux de Léa, etc. Il a un frère, Jérôme (Gabriel Maillé) plus vieux que lui, qui est tout l’inverse de son tempérament fougueux : calme, posé, ordonné. Quant au père (Daniel Brière), il est dépassé par le départ de sa femme et les coups de son jeune fils.
Le film s’apparente à l’histoire de Maman est chez le coiffeur de Léa Pool. On voit bien comment deux bons réalisateurs peuvent tirer deux scénarios différents d’une histoire semblable. Le jeu des acteurs est remarquable. Antoine L’Écuyer joue avec beaucoup de naturel et annonce une belle carrière comme comédien. Il est bien entouré. Daniel Brière, comme toujours, est à la hauteur et Philippe Falardeau a réussi magnifiquement à faire jouer des enfants.
Le film illustre les difficultés rencontrées par une famille désorganisée et par un enfant surdoué pas toujours facile à comprendre. Le film est déconseillé aux jeunes enfants qui ne comprendraient pas bien ce qui arrive à ce petit garçon et qui risqueraient d’être troublés par la violence de certains de ses comportements.

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19 septembre 2008

Lire et détruire

Les frères Cohen n’ont pas fini de nous surprendre. Après le superbe Ce pays n’est pas pour un vieil homme, les voici dans un film qu’il ne faut surtout pas prendre au sérieux. Mais, si vous avez le goût de rire et du scénario et des personnages, vous serez servis à souhait.

La distribution ne manque pas de panache : George Clooney, John Malkovich, Brad Pitt,Tilda Swinton, etc. Il saute aux yeux que les comédiens se sont vraiment amusés à jouer dans ce film.

Un employé de la haute direction de la CIA est remercié de ses services sous prétexte qu’il a un problème d’alcool. Frustré, il décide d’écrire ses mémoires qui comportent des secrets compromettants et pour la CIA et même pour le KGB. Par un curieux hasard, le CD numérique contenant lesdites mémoires tombe dans les mains de deux moniteurs d’un club de conditionnement physique aussi naïfs qu’ambitieux sur le plan financier. C’est sans compter sur l’épouse de l'employé qui a un amant pour le moins extravagant. Le tout tournera au cauchemar.

Les comédiens et les Cohen se sont sans doute bien amusés en fabriquant ce film. La caricature est à l’ordre du jour, la comédie, parfois grinçante, aussi. En plus d’ironiser sur les services secrets de deux grandes puissances, les frères Cohen tapent un clin d’oeil à la recherche de la beauté plastique féminine. Le film, fort distrayant, comporte des paroles et des scènes un peu crues et violentes, qu’il faut aussi situer dans le décor absurde de l’ensemble. Le film n'a pas de visée politique : c'est un amusement, point final.

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31 août 2008

Le banquet

Sébastien Rose (La vie avec mon père, Comment ma mère accoucha de moi durant sa ménopause), de concert avec son père Hubert-Yves, a rédigé un scénario illustrant les problèmes se présentant dans un milieu universitaire et, plus largement, dans la société, québécoise en l’occurence. Ici, c’est rien de moins que le chaos qui court tout au long de son film.
Bertrand (Alexis Martin) enseigne à l’Université : il y donne un cours d’art de la scène, mais il ne suit pas le plan du cours, aime l’improvisation, est idéaliste et un peu déconnecté... L’une de ses étudiantes veut absolument être aimée de lui tandis que Gilbert (Benoît McGinnis), étudiant brillant mais déséquilibré, le conteste et le harcèle régulièrement durant et en dehors des cours. Natacha (Catherine de Léan), mère monoparentale d’un tout nouveau bébé, toxicomane qui veut se sortir de sa dépendance, recourt à son père, Jean-Marc (Raymond Bouchard), recteur de l’Université, obsédé par la réussite de son établissement et la sienne. Louis-Ferdinand (Frédéric Pierre), leader étudiant, veut faire progresser la cause étudiante mais sans trop de casse tandis que Granger (Pierre-Antoine Lasnier), leader qui s’oppose au premier, veut, lui, une contestation bruyante et même violente allant jusqu’à la grève générale. C’est dans ce chaos, tant individuel que collectif, que se déroule ce film, fort et dur comme un sport extrême.
Les Rose, père et surtout fils, ont su montrer avec brio comment la lutte des classes, l’incompréhension entre certaines personnes, l’ambition humaine et même une certaine démence peuvent conduire à bien des excès. Des questions fortes sont également posées : qu’est-ce qui importe le plus, le succès d’une carrère professionnelle, l’obtention d’un diplôme ou le bonheur des personnes? quel prix faut-il payer pour que le monde de l’enseignement devienne un milieu de croissance pour tous? jusqu’où peut aller le conflit, ou le dialogue, entre les générations, etc?
Rose nous donne un film réaliste, vrai et courageux, excessif peut-être comme on l’est parfois au cinéma... et aussi dans la vie. Il nous peint à grands coups de pinceau une fresque sociale et des portraits individuels qui donnent à réfléchir. Il fait converger diverses histoires personnelles, notamment celles de Bertrand, Gilbert et Natacha, joués de façon particulièrement brillante, vers une fin presque apocalyptique qui relève du grand cinéma et qui ne laissera personne indifférent.

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30 août 2008

Ce qu’il faut pour vivre

Comment ne pas réaliser un beau film quand précisément le réalisateur est Benoît Pilon (Nestor, le conquérant, Épicier Variété), le scénariste Bernard Hémond (La neuvaine, Contre toute espérance), et le principal comédien Natar Ungalaaq (L’homme rapide), lui-même bien entouré de Éveline Gélinas (l’infirmière) et de Paul-André Brasseur (l’adolescent)? Effectivement, Ce qu’il faut pour vivre présente une belle histoire et des personnages bien attachants.
Tivil est un chasseur inuit. Il vit sur la terre de Baffin avec sa femme et ses deux petites filles. Mais voilà qu’un examen médical révèle qu’il est atteint de tuberculose. Il doit quitter le nord pour un sanatorium du sud. Alors commence pour lui un véritable cauchemar : séparé de sa famille, inquiet pour la subsistance des siens, il doit, en plus, se confronter à la barrière des langues, lui ne parlant qu’inuit et le personnel soignant ne parlant que français. Il traverse des périodes de découragement allant jusqu’à une grève de la faim et une fuite dans les bois. Il est finalement « sauvé » par Kaki, un adolescent orphelin élevé par des Blancs, lui-même tuberculeux, qui lui servira d’interprète. Il s’attachera à ce jeune au point de vouloir l’adopter.
Le film se déroule, au début et à la fin, dans le calme de la famille de Tivil, et, entre ces deux intermèdes, dans l’hôpital Notre-Dame-de-la-Charité, dont les Soeurs de la Charité sont les principales soignantes. Elles sont aidées toutefois par des laïcs, dont cette infirmière (Gélinas), toute douce et prévenante, qui s’occupe tout particulièrement de Tivil et de Kaki. Les religieuses, dont on a été parfois porté à décrier le rôle, apparaissent ici dévouées et attentives. Le missionnaire Blanc parlant inuit est également bien sympathique, particulièrement dans ses « mensonges charitables » devant l’évêque.
L’histoire montre combien la rencontre de cultures et de civilisations différentes n’est pas toujours simple, que la barrière des langues peut être amenuisée par la délicatesse des sentiments et l’attention aux personnes. Il faut féliciter Pilon et Hémond qui ont su raconter cette histoire avec beaucoup de justesse et de délicatesse et également diriger des comédiens, notamment Ungalaaq et Brasseur, dans des rôles pas toujours faciles.
Cette belle leçon d’humanité et d'amitié entre un adulte et un jeune est à voir non seulement par les cinéphiles avertis mais par tous ceux qui veulent approfondir ce qui remue le plus et le mieux le coeur humain. Elle nous repose également de toutes ces histoires artificielles et superficielles, truffées de violence et d’horreur, que nous présentent toujours trop souvent certains programmes cinématographiques.
Le cinéma québécois est parfois, même souvent, capable du meilleur. Bravo!

N. B. Ce film a gagné deux prix du public et le prix du jury au Festival des Films du Monde de Montréal (2008).

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5 août 2008

La graine et le mulet

Quel film extraordinaire! On comprend qu’il ait remporté quatre distinctions à la cérémonie des Césars, dont celle du meilleur film et du meilleur réalisateur pour Abdellatif Kechich.
Slimane travaille dans un chantier de Sète, au sud de la France. Il est remercié après plus de trente ans de loyaux services. Chômeur à 61 ans, il décide, de concert avec sa belle-fille Rym, d’acheter un vieux bateau abandonné et de le transformer en restaurant. D’origine maghrébine, lui, son ex-épouse et ses enfants, offriront une spécialité de couscous (la graine) fait avec du poisson (le mulet). N’étant pas riche, il invite les notables de la place pour l’inauguration de son restaurant, espérant qu’ils lui feront la faveur de quelques subventions. Mais le repas tourne au cauchemar et les dernières minutes de l’histoire constituent un véritable thriller.
Kechich, qui avait déjà gagné un César avec son très beau film, L’esquive, récidive ici, nous montrant son merveilleux talent pour illustrer des scènes de vie de famille et pour tracer des portraits fort bien campés de différents personnages. Les scènes de ménage ne manquent pas et les femmes parlent abondamment avec force gestes et éclats de voix. Quant aux hommes, ils participent à leur manière à ces scènes de la vie quotidienne d’une communauté maghrébine qui cherche du mieux qu’elle peut à s’intégrer au pays qui les a adoptés. À cet égard, les diverses démarches que doit faire Slimane pour avoir son permis sont typiques et de la bureaucratie française et des difficultés à surmonter par un étranger de surcroît pauvre. La vie est loin d’être facile mais le courage ne manque pas et l’imagination non plus.
Le film, qui dure deux heures et demie, passe vite tellement l’action est constante et les personnages aussi colorés qu’attachants. Kechich a su diriger avec brio et succès une brochette d’acteurs non professionnels qui, eux et elles aussi, s’en tirent avec éclat. Dommage cependant que le langage des femmes en particulier soit si rapide qu’on ne saisit pas toujours tout de leur discours. Mais les gestes et la mimique compensent largement pour ce que l’on ne comprend pas.
Le film, qui contient quelques scènes à caractère sexuel, est à voir par un public qui aime un cinéma de répertoire en même temps qu’une fresque de vie de gens qui doivent apprendre à vivre dans un pays qui n’est pas leur pays d’origine et aussi à vivre ensemble.

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2 août 2008

Un été sans point ni coup sûr

Francis Leclerc, le fils du célèbre Félix, n’en est pas à son premier film. Après nous avoir donné Une jeune fille à la fenêtre et Mémoires affectives, voici qu’il nous invite dans un univers bien différent, celui d’une famille d’une banlieue de Montréal autour de 1969, l’année où les Expos débutaient leur première saison au Parc Jarry. Francis a été fasciné par le roman de Marc Robitaille (Éd. Les 400 coups, 2004, 143 p.) et il a décidé d’en faire un film.
Martin (Pier-Luc Funk) est un jeune de douze ans passionné par le baseball et particulièrement par les Expos. Son rêve est de jouer dans une ligue locale. Malheureusement, il est refusé par l’entraîneur (Roy Dupuis) qui lui préfère d’autres joueurs pour son équipe A. C’est alors que son père Charles (Patrice Robitaille), qui est loin d’être entiché par le baseball et par les idées nouvelles des années 50-70, pour faire plaisir à son fils, décide de devenir coach d’une équipe B dont fera partie, évidemment, Martin.
L’histoire est simple mais elle met en lumière les relations père-fils particulièrement à cet âge du début de l’adolescence, âge où tous les rêves sont permis. Elle souligne également les rapports d’amitié et aussi d’une certaine rivalité existant entre les jeunes de cet âge de même que l’importance de la maman qui, pour ainsi dire, fait le pont entre le père et le fils. Un montage ingénieux fait entrer le jeune Martin en dialogue avec l’étoile des jeunes Expos, Mack Jones, qui lui fait découvrir qu’au-delà du jeu il y a des valeurs importantes dans le baseball : esprit d’équipe, apprentissage de la victoire mais de la défaite aussi, discipline, concentration mentale, etc. Le réalisateur trouve également le moyen de faire apparaître les journalistes bien connus du baseball montréalais, Rodger Brulotte, Jacques Doucet et Claude Raymond.
Francis Leclerc a réussi l’exploit non seulement de reconstruire une époque faste de la vie montréalaise (on est au lendemain d’Expo 67 et au début des Expos), mais aussi de nous donner un modèle de famille qui fera réfléchir plus d’un parent et d’un adolescent auquel bien des jeunes s’identifieront. Le film, à certains moments, est particulièrement touchant et constitue certainement un bon spectacle pour toute la famille. Chapeau à Francis et à son équipe!

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18 juin 2008

Le chevalier noir

Encensé par la critique - Médiafilm lui donne la très bonne cote de trois - le deuxième Batman de Christopher Nolan, m’a laissé sur ma faim. L’histoire se résume en l’éternel combat entre le Bien (personnifié par le procureur Hervey Dent et moins par le justicier Batman) et le Mal (incarné par le Joker, lui-même joué magnifiquement par le regretté Heath Ledger ( le cowboy de Souvenirs de Brokeback Mountain, mort d’une surdose de médicaments).
La ville de Gotham est assiégée et terrorisée par un dangereux psychopathe, le Joker, associé au crime organisé, qui s’est juré de démasquer Batman. Le procureur de la ville et le chef de police font bien ce qu’ils peuvent pour ramener la paix dans la cité mais c’est finalement Dent qui démasquera Batman. Le film est truffé d’effets spéciaux (remarquables par ailleurs), de coups de fusils, d’explosions, d’édifices et de véhicules qui sautent, de combats à coups de poing, de menaces, etc. Il y en a tellement, surtout dans la deuxième partie du film, que finalement on se demande s’il n’y en a pas trop. Et trop, c’est trop, c’est comme pas assez.
Quelques dialogues sur la vérité et la justice et sur la conception du héros rachètent la violence extrème du film. Il y avait beaucoup de jeunes familles dans la salle : on peut se demander si ce genre de cinéma, inspiré de la bande dessinée de Bob Kane dont les enfants raffolent, ne finit par par induire dans l’esprit des cinéphiles, particulièrement des jeunes, que c’est la violence qui règle les problèmes. De fait, il y a beaucoup de violence dans trop de films, notamment américains (juste avant le film, les annonces nous promettaient La momie 2) : même s’il s’agit de science-fiction, est-ce bien ainsi qu’on aide les jeunes à ne pas devenir violents?

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